Introduction


Introduction

Snejana Gadjeva ; Svetlana Krylosova.
La transformation de la structure des États, le renoncement aux anciens fondements sociaux, politiques et culturels ont considérablement accéléré ou, dans certains cas, dévoilé des processus d’évolutions sous-jacents dans les langues de l’espace postcommuniste au tournant du XXIe siècle. C’est le lexique et la sémantique lexicale qui sont surtout concernés par ces modifications, mais on constate également des évolutions dans des domaines plus « protégés » : morphologie, syntaxe, phonétique, prosodie. Les chercheurs peuvent rarement observer une évolution aussi rapide se produire sous leurs yeux. Dans ce contexte, il est également intéressant d’analyser la perception par les locuteurs des variations et changements linguistiques ainsi que les efforts des États et des impositions étatiques pour modifier l’évolution naturelle d’une langue. Dans le présent volume, nous avons rassemblé des études de linguistes et d’anthropologues s’intéressant aux différentes langues des pays de l’espace postcommuniste : l’albanais, le bélarussien, le bulgare, les langues fenniques, le polonais, le russe, les langues sibériennes, le tchèque, le tchétchène, l’ukrainien. À travers ce numéro de Slovo, nous désirons offrir un terrain d’échanges pour les spécialistes de ces langues et cultures autour des variations et changements linguistiques.

Le récit de voyage polonais : entre anthropologie et reportage

Anne-Marie Monluçon.
L’ouverture sur le vaste monde ne vient pas immédiatement à l’esprit lorsqu’on pense à la Pologne. Est‑ce parce qu’en France on associe volontiers l’intérêt pour les Ailleurs lointains à l’expérience coloniale ? Les continents non européens seraient ainsi partie intégrante de l’Histoire et des imaginaires britanniques, français, belges ou portugais, mais resteraient étrangers aux pays d’Europe centrale. Pourtant la littérature du voyage lointain peut se prévaloir, en Pologne, d’une tradition riche et ancienne et d’un succès jamais démenti auprès des lecteurs. Les articles réunis dans ce volume portent sur des auteurs illustres et consacrés (Bronisław Malinowski), mais aussi sur nombre d’auteurs ultra‑contemporains, récemment – ou pas encore – traduits (Andrzej Stasiuk, Joanna Bator). Ces travaux abordent les textes – récits, journaux, reportages, essais – dans leurs spécificités historiques et idéologiques : regard porté sur l’étranger par un pays qui n’a pas eu d’empire colonial lointain, qui a lui même longtemps subi le joug de puissances étrangères et qui a connu quarante‑cinq ans de totalitarisme. Les transferts culturels et les différentes formes de médiation sont au cœur des interrogations, puisque les écrivains voyageurs sont des médiateurs par excellence.

Introduction

Catherine Poujol.
Pour qui, pourquoi, comment parler de soi ? De quelle manière s’articule le discours autobiographique, les discours autobiographiques ? Le sujet est largement rebattu et la littérature foisonne d’exemples aussi célèbres que convaincants.Comment ces discours autobiographiques peuvent-ils s’inscrire dans les interstices souvent réduits que concède le pouvoir politique, mais aussi, celui de la société englobant les individus auquel nul n’échappe, fût-il lui-même l’incarnation du pouvoir ? Comment parviennent-ils à « prendre le pouvoir » le temps de leur énonciation, par surprise, par stratégie, par inertie ? À le distordre, le minoriser, le transcender. La question mérite d’être posée.Ce numéro spécial de Slovo consacré au « discours autobiographique à l’épreuve des pouvoirs en Europe – Russie – Eurasie » se veut une polyphonie de voix diverses connues ou ignorées, où résonneront celles des souverains eux-mêmes, comme celles des simples individus prenant la parole et accédant ainsi à une notoriété fugace, à côté de celles plus attendues des écrivains et autres personnalités reconnues par l’histoire.